Le lapin amérindien

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Le lapin amérindien

Message par amaury le Ven 7 Jan - 19:00

Sympas toutes ces 1ères fois, ça renifle bon les débuts de grandes passions et j’y retrouve les joies qui m’ont aussi guidées. Merci aux auteurs de tous les récits de cette rubrique que je découvre avec plaisir après 8 jours d'absence!!

Je vais essayer de m’y coller même si ma 1ère fois étant un gros coup de bol, pas sur que ça compte vraiment.

Ça se passe il y a 30 ans, j’avais 11 ans et je vivais à la campagne. A l’époque pas de jeux électroniques et ma Game Boy c’était de me confectionner des arcs approximatifs avec des branches de noisetiers, comme sans doute bcp de gamins du même âge. Pour ma part j’avais la chance d’avoir une grand-mère exploratrice amateur qui vivait en Guyane et qui faisait régulièrement des expéditions dans la forêt amazonienne à la rencontre de tribus amérindiennes. De son temps ces visites étaient encore possibles, mais heureusement depuis elles nécessitent des autorisations plus compliquées à obtenir afin de préserver les populations. Cette grand-mère était un personnage de roman, pas évidente à côtoyer, mais elle avait noué des liens avec une tribu en particulier dont le chef lui avait demandé d’être en quelque sorte marraine de son fils.

Un jour en apprenant que j’approchais de l’âge adulte (11 ans chez les indiens de cette tribu), le chef a fait cadeau d’un arc à ma grand-mère pour moi. Bref me voilà affublé d’un arc beaucoup plus grand que moi avec des flèches qui font +/- ma taille. Les flèches étaient très belles avec des belles plumes rouges de aras accrochées à l’extrémité en guise de d’empennage et/ou de décoration et des pointes en bois dur très travaillées. Il y avait des pointes-flèches spéciales oiseaux, poissons, singes, etc. Chacune sa spécialité. Je ne sais pas si tout ça était très optimisé, mais c’était très beau et ça volait pas mal …

Donc me voilà parti dans mon jardin à la recherche de mon 1er gibier avec cet équipement exceptionnel – ma grand-mère m’avait affirmé que les indiens tiraient toutes sortent de serpents, poissons, oiseaux, jusqu’aux maïpouris (sortent de gros cochons/tapirs amazoniens) avec des arcs similaires. Ca m’a pris peut-être 1 an et ½ et j’ai fini par perdre ou esquinter toutes mes flèches, mais un jour vers 11 ans j’ai tiré mon 1er lapin. Pas un tir exceptionnel, le lapin était au gite dans des ronces et j’ai dû tirer à 3-4m par chance en pleine oreille – alors que je devais certainement espérer atteindre plutôt le corps - mais le résultat était là, il n’a pas bronché et j’étais super fier de ramener un lapin à ma mère qui nous l’a préparé pour le diner.

Voilà, ça m’a pris ensuite des années de tentatives infructueuses avec un Bear de 1953 trouvé au grenier pour tirer à nouveau un gibier à l’arc, mais le lapin à l’arc amérindien fut ma première fois !

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Re: Le lapin amérindien

Message par kibok le Ven 7 Jan - 19:22

assez cool tout ça, merci au chasseur des grandes plaines !

perso a cet age là ou a peine plus dans un pays a la legislation souple on m'avait offert un slide action 12 gauge gun ... l'efficacité redoutable de l'engin sur tout ce qui volait ou courait et aussi parfois sur ma joue mon nez ou mon epaule m'avait detourné pour longtemps du monde de la flêche mais j'en parlerai pas pas ici a cause de mon pote Terry G ...
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Re: Le lapin amérindien

Message par philax le Ven 7 Jan - 21:44

Amaury une bien belle histoire que voilà mais je pense que ta grand mère a du t'en raconter de bien plus belles ,je t'envie un peu ;
merçi pour ce réçit;
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Re: Le lapin amérindien

Message par J-F le Mer 12 Jan - 18:22

Super ton recit, franchement j'adore!!!

Il manque juste les photos en noir et blanc ;o)

A+++
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Re: Le lapin amérindien

Message par amaury le Mer 19 Jan - 23:11

Pour ceux que ça amuse, qlqs souvenirs en rapport avec ce récit et qlqs considérations personnelles.

2 ans après le tir du lapin j’ai accompagné ma mère chez sa propre mère dans un grand voyage de 3 mois en Guyane dont 1mois ½ en forêt dans la tribu du chef qui m’avait offert l’arc. C’est loin mais je me rappelle un peu de ce qui me fascinait le plus à savoir les techniques de chasse et de tir à l’arc des indiens. Dans ma mémoire chacun avait sa propre technique de tir avec en commun une sorte d’armement court de face, point d’encrage devant la poitrine au niveau de l’épaule du bras d’arc, le coude du bras de corde était vers le bas le long du corps et tous tiraient purement instinctif mais quelle efficacité ! Avec cet armement court la flèche dépassait de l’arc largement plus de la moitié de sa longueur. Malgré ça leurs flèches volaient suffisamment droit pour tirer à travers les minuscules trous dans la végétation par lesquels ils parviennent à repérer les animaux. Ca donnait même l’impression, sans doute pas fausse, qu’ils tiraient à travers la végétation. Ceux qui connaissent l’Enfer Vert comprendront. Ils repéraient souvent les oiseaux aux sons, puis une ombre, une silhouette à travers les feuilles, un morceau de patte, de bec ou de plume et la flèche partait et très souvent elle atteignait son but.

Dans mon souvenir ils n’utilisaient pas de poison sur leurs flèches, mais je me souviens qd même lors d’une chasse que j’ai pu suivre d’un maïpouri qui devait faire +200kg. Ayant tiré 1 lapin à l’arc j’avais été déclaré apte à suivre les hommes à la chasse malgré qu’à 13 ans je n’avais tjs pas passé les rites de passage à l’âge adulte. Rituel qui vous défrise pour un petit réveil en douceur, du genre interdiction de se plaindre à des gamins de 11 ans alors qu’ils se font piquer par des centaines de fourmis ou de guêpes d’Amazonie (à côté de leurs piqures celles de nos insectes européens ressembleraient presque à des chatouillements…). Bref avec leurs flèches trop longues montées de pointes en bois, à l’empennage rudimentaire et sans moyens techniques de faire des mesures précises ces indiens se nourrissent de leur chasse et sont capables de décrocher des aras ou des toucans à plus de 25m dans les arbres. Malgré tout je ne pense pas qu’ils seraient prêts à changer leur matériel archaïque, sauf peut-être pour des fusils, mais ça c’est une autre histoire.

C’est un peu de la même façon à tâtons et en tachant de ressentir les sensations que j’ai appris le tir à l’arc. Visitant des forums d’archerie depuis peu de temps et ne fréquentant pas de club ni d’association je n’ai découvert que récemment les mines d’informations techniques et l’approche très scientifique qui peut être développée autour de l’archerie même traditionnelle. Certaines personnes sont de véritables experts dont la démarche scientifique est très rigoureuse et étayée à la fois de tests et de calculs complexes. Je voudrais d’ailleurs remercier ces personnes pour leur générosité et leur patience à partager leur savoir. Ceci étant quand on lit les dossiers techniques sur les forums on peut avoir l’impression que le tir à l’arc est d’une complexité redoutable ce qui n’est pas nécessairement le cas. Même quand on chasse à l’arc depuis longtemps avec un peu de réussite on peut se sentir totalement dépassé par tout cela.

S’agissant d’un domaine qui me passionne, j’ai fait l’effort d‘essayer de comprendre ces données techniques et cette complexité. Surtout en découvrant grâce au fameux calculateur de Letub qu’il est possible de mettre en équation les caractéristiques d’un arc, la longueur d’une flèche, le poids désiré d’une pointe et que ce modèle vous donne la rigidité requise de la flèche. Passionnant pour ce que ça permet d’éviter des prises de tête et des quantités de tests laborieux et couteux des multiples possibilités. Je tiens à le répéter ce boulot est remarquable et ça marche ! Il faut accepter un zeste d’inconnu quand pour moi les flèches qui volent parfaitement droit en futs nus font systématiquement 15 livres de plus que le spine dynamique recommandé par le calculateur. Mais une fois le facteur Z (+15 livres) intégré ça m’a permis de mettre au point un ensemble flèche-pointe qui devrait convenir pour un vieux rêve…

Mais là ou je voudrais en venir c’est qu’à mon sens l’approche scientifique reste secondaire. Elle peut être très intéressante, mais elle n’est même pas tjs indispensable. Pour ma part, dans mon apprentissage inachevé du tir à l’arc, j’ai commencé par apprécier une esthétique : les lignes de l’arc, sa légèreté et sa vivacité, le silence, la beauté du vol des flèches. Très vite ensuite c’est son utilisation comme arme de chasse qui m’a passionné, à la fois son efficacité et sa polyvalence pour tous les gibiers, mais aussi les contraintes et difficultés qu’il impose. Sa simplicité aussi, un bout de bois, une corde. Je m’entrainais peu, mais je chassais régulièrement, exclusivement le petit gibier et à la botte. Quand plus tard j’ai voulu chasser au GG j’ai commencé à m’entrainer plus au tir. Et là changement de technique nécessaire pour tenter d’améliorer mon tir statique alors que j’étais jusque là bien meilleur au tir en mouvement. En tir instinctif je trouve encore tjs plus difficile de maitriser un tir statique qu’un tir en mouvement où la rapidité de l’action prend la volonté de court. Mais je dois bien reconnaitre que pour moi le tir en mouvement c’est parfois extraordinaire, mais parfois aussi complètement raté, alors que mon tir statique se maintient généralement dans une moyenne plus acceptable donc plus approprié au tir du GG. Le Kyudo préconise l’absence de volonté pendant le tir, mais la voie spirituelle n’est pas la plus évidente pour progresser à l’arc… et l’absence de volonté pour un chasseur qui convoite une proie et qui est anxieux de ne pas faire de bourdes c’est presque antinomique. Finalement après de nombreux efforts et un entrainement devenu quasi quotidien je progresse doucement ou parfois je régresse un peu avant que ça n’aille de nouveau mieux. Mais déjà, avant, j’ai chassé, j’ai eu bcp d’émotions et j’ai pris pas mal d’animaux sans savoir ce qu’étaient le spine, le foc, la vitesse de mes flèches, etc… Et aujourd’hui encore les indiens d’Amazonie continuent sans avoir possibilité de calculer la puissance de leur arc ni le poids des flèches, en adaptant leur technique à chacune des flèches avec lesquelles ils tirent, en s’entrainant peu – les pointes en bois cassent vite et prennent bcp de temps à faire - , à manger tous les jours de leur chasse.

En conclusion il me semble que la démarche scientifique est passionnante et quelle apporte une réelle connaissance, mais que l’essence du tir à l’arc est ailleurs.

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Re: Le lapin amérindien

Message par Manu87 le Mer 19 Jan - 23:41

Un très grand plaisir à te lire... Ton témoignage est rare, de par une expérience de vie qui l'est aussi, et que beaucoup d'entre nous ici, j'en suis sûr, aurait aimé partager.

Je partage ta conclusion, l'essence du tir à l'arc est en effet ailleurs que dans la démarche scientifique. Mais elle est aussi après. Je veux dire par là que le passage par la technologie nous a apporté beaucoup, à nous chasseurs à l'arc contemporains, et nous a ouvert des horizons (comme celui de ton "vieux rêve" peut être ?...) auxquels nous n'aurions pas eu accès autrement, en particulier sur le grand et très grand gibier. Mais en effet, la technologie ne doit pas devenir une fin en soi. Une fois convenablement ou excellemment fonctionnel, l'arc de chasse et son archer doivent passer le plus clair de leur temps à l'entrainement et dans les bois (plaine, marais...), et non sur le banc de tir ou devant l'ordinateur.

Tu pourras apprécier d'ailleurs - comme moi - que les experts de cette petite communauté sont avant tout des chasseurs passionnés et chevronnés, et ne perdent pas de vue cette finalité primitive lors de leurs travaux et recherches. Mais il leur est sans doute plus difficile de faire partager ici l'essence de l'archerie que des tableaux de chiffres, car elle est de ces choses qui ne se partagent que sur le terrain et sa réalité, face à la beauté des bois et des bêtes, et par l'amitié qui découle de ces heures passées ensemble.
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Re: Le lapin amérindien

Message par amaury le Jeu 20 Jan - 8:20

Salut Manu, entièrement d’accord avec toi ! En effet la démarche scientifique peut aider à trouver des solutions qui semblaient inatteignables. Il ne s’agit aucunement d’une remise en cause de concepts ni de personnes de ma part. Au contraire je suis comme toi convaincu que pour développer de telles connaissances il faut être un vrai passionné qui cherche à approfondir la question. Et partager ces connaissances est vraiment sympa pour nous tous.

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